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L'Exposition inaugurale

26 juin – 25 septembre 2011

Bonnard et Le Cannet. Dans la lumière de la Méditerranée


« Cette exposition est reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture et de la Communication/Direction générale des patrimoines/Service des musées de France.

Elle bénéficie à ce titre
d’un soutien financier exceptionnel de l’État ». .

Le thème de la première exposition s'est naturellement imposé par rapport au territoire, mais aussi parce que les œuvres réalisées au Cannet entre 1922 et 1947 constituent la singularité et la marque de Pierre Bonnard. Elle réunira une quarantaine de peintures et près de 20 œuvres sur papier réparties autour de 4 chapitres, et se déploiera sur l'ensemble des espaces d'exposition.


Des chefs-d'œuvre aussi incontournables que L'Autoportrait en boxeur, l'Atelier au mimosa, La Terrasse ensoleillée, Nu à la baignoire ou L'Amandier en fleurs feront partie de ce premier événement.

« Ce peintre », écrira son neveu Charles en 1927, « qui ne veut peindre que des bonheurs n'est pas l'homme gai que l'on pourrait croire. […]. Il promène sur le monde un regard qui ne lui laisse échapper aucune de ses douleurs, aucune de ses incompréhensibles lois. »

Aucune des deux guerres mondiales qu'il a connu comme la crise économique des années 30, ne sont évoquées dans cette œuvre magistrale qui se déroule en parallèle au temps qui passe. L'œuvre inclassable de Bonnard est intemporelle et détachée du temps. Sa relecture et la création d'un musée qui lui est dédié participent à sa reconnaissance.

La Découverte du Midi



Beau temps orageux, (Saint Tropez), 1911,huile sur toile, 38,5 x 72 cm
Musée des beaux Arts de Lausanne


Pierre Bonnard découvre le Midi très tôt, dès 1904 à Saint-Tropez où séjournent ses amis Édouard Vuillard et Ker-Xavier Roussel. Il rend visite à Valtat et Signac, lequel reçoit la même année celle de Matisse et Derain en route vers le Fauvisme. Invité par Manguin, Bonnard reviendra à Saint-Tropez durant un plus long séjour à l'été 1909 qui lui permettra de peindre quelques toiles. Il ne cessera plus d'alterner des voyages entre Paris, la Normandie et le Midi jusqu'en 1914.

Dans le Midi, Bonnard découvre une lumière et une végétation qu'il ne connaît pas ; la couleur des eucalyptus, oliviers, amandiers et mimosas se révèle sous la lumière de la Méditerranée. L'impact sur Bonnard est immédiat; il écrira à sa mère une phrase désormais célèbre : « J'ai eu un coup des Mille et Une Nuits. La mer, les murs jaunes, les reflets aussi colorés que les lumières ... ».

La Vie intérieure – Nus, natures mortes et intérieurs

« La peinture doit revenir à son but premier, l'examen de la vie intérieure des êtres humains ». P. Bonnard



Baignoire [le Bain], 1925, huile sur toile, 86 x 120,6 cm,
Tate, Londres


Pierre Bonnard choisit Le Cannet dès 1922 pour venir passer plusieurs mois par an et s'imprégner de l'atmosphère de sa lumière et de ses couleurs en différentes saisons. Mais ce n'est qu'en 1926 qu'il acquiert Le Bosquet, une maison sur les hauteurs de la ville qui lui offre une vue dominante sur la baie de Cannes et le massif de l'Estérel.

Cette maison, dans laquelle il réalise plusieurs transformations, telles que la création d'une salle de bains, d'un atelier, d'un balcon etc. - sera un environnement privilégié et lui fournira le sujet de nombreuses peintures. Certaines font partie des standards de sa peinture. Récurrence de certains thèmes, jeux de miroirs et de reflets, atmosphère habitée, etc, tout est là pour signifier la profondeur des sentiments et le silence des attitudes.

Paysages - Un monde de sensations

« J'ai acquis une âme de paysagiste ayant fini par me débarrasser du pittoresque, de l'esthétique et autres conventions dont j'étais empoisonné [...] »
écrit Bonnard à son ami Vuillard en 1935.

Le paysage a joué un rôle très important dans la pratique picturale de Bonnard. C'est par ce genre que le peintre se distingue des différents mouvements d'avant-garde. Ses premiers paysages peints au Cannet montrent combien le peintre a une vision classique et moderne à la fois , peu à peu gagnée par la synthèse. En 1940, il distinguera 4 types de paysages : « paysage à espace avec fonds intéressants, paysage intime avec objets expressifs, paysage effet de lumière prédominant, paysage décoratif peu de ciel et meublé ».

Chaque tableau rend compte de son originalité face au sujet, au format rarement standard, à l'importance donnée à la couleur et à la lumière, tout comme à l'expression de la sensation.

La couleur a le pouvoir de l'abstraction – Œuvres ultimes

Paysages et autoportraits

 

L'Atelier au mimosa, Le Cannet, 1939-1946,
huile sur toile, 125 x 125 cm,
centre Georges Pompidou
Musée national d'art moderne, Paris,
centre de création industrielle


Les paysages ultimes de Bonnard peints en pleine guerre ne contiennent aucune trace du drame que l'Europe traverse. Dans ce contexte particulièrement sombre, et comme pour conjurer la réalité, il n'y a jamais eu autant de jaune et d'éblouissement coloré dans sa peinture.

À l'opposé, ses autoportraits faits pour lui seul indiquent « sa part d'ombre ». « Celui qui chante n'est pas toujours heureux » écrit-il trois ans avant sa mort.

15 autoportraits scandent l'analyse qu'il fait de lui-même de 1889 à 1946, à chaque fois, à des moments clefs de l'évolution de sa pensée et de sa peinture, souvent des moments de crise. Quatre de ces autoportraits seront présentés à l'exposition. À la différence du corps de Marthe, le corps représenté de Bonnard vieillit, trahit les traces du temps et des songes.
Restant à la surface de la peau chez Marthe, il entre dans les plis et les rides de son propre corps, comme pour mieux entrer en lui. Ces autoportraits sont à juste titre des références incontestées de ce genre dans l'histoire de l'art du XXe siècle.



Autoportrait, dit le Boxeur, 1931, huile sur toile, 53 x 73,5 cm,
musée d'Orsay Paris, donation sous réserve d'usufruit


Qu'il apparaisse face au spectateur, en boxeur, le poing levé, les pinceaux à la main, ou en ermite, le regard absent ou si profond, que chaque autoportrait dit l'intensité de ses réflexions et l'opacité de l'être. Bonnard livre un combat avec lui-même et avec la peinture, tout en continuant à s'émerveiller à coup de taches colorées devant la beauté des paysages du Cannet qui l'entourent, et son paradis, sa maison.

« Le tableau est une suite de taches qui se lient entre elles et finissent par former l'objet, le morceau sur lequel l'œil se promène sans aucun accroc. » déclarait Bonnard à Tériade en 1942.